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Dans la prison de Landerneau, il y avait un saltimbanque

Vue des bâtiments de l'ancienne Maison Centrale (Aujourd'hui Lycée de l'Elorn), Coll. Ville de Landerneau, 4 Fi 498

La Société d’Etudes de Brest et du Léon vient de publier un hors série  des Cahiers de L’Iroise intitulé « Dans les prisons de Brest et du Finistère, XVIIè-XXIè siècle ».

L’histoire de la Maison centrale de Landerneau est souvent méconnue, sans doute parce qu’elle n’a été en activité qu’à peine trente ans, de 1872 à 1899. Et pourtant, elle a été la seule maison centrale du Finistère ! Créée après la chute de la Commune de Paris (1871) pour assurer la détention des individus condamnés pour faits insurrectionnels, elle s’est « ouverte » en 1877 aux « droits communs », faisant partie de la quinzaine de maisons centrales de la métropole pour hommes, relevant du ministère de l’Intérieur. Le 4 avril 1899 est prise la décision de désaffecter l’établissement qui ferme définitivement ses portes le 1er juillet 1899.

Dans le hors-série n°7 des Cahiers de l’Iroise, Prisons de Brest et du Finistère, paru en septembre 2019, figure un article d’Annick Le Douget, intitulé : « La maison centrale de Landerneau. La violence carcérale à travers la trajectoire du prisonnier Klein (1884-1890) ».

 

Portrait de prisonnier

Alfred Klein, un jeune saltimbanque, est détenu à Landerneau à partir de 1884 après de multiples délits, notamment des faits de vol et de vagabondage. Mais son comportement insoumis et rebelle, sa folie - on le voit torturer des rats dans sa cellule ! - comme son refus du travail, obligatoire dans les maisons centrales, posent problème, et l’on se retrouve dans une chaîne sans fin de violences, de punitions, de privations, d’isolement… un terreau toxique où germe vite une idée qui obsède désormais le détenu : incendier la prison pour être transféré au bagne de ses rêves en Nouvelle-Calédonie ! Bien que surveillé de très près, il passe à l’acte. Heureusement, les dégâts ne sont à chaque fois que matériels. Il comparaît à deux reprises devant la cour d’assises du Finistère pour répondre de ses crimes avant d’être transféré au bagne de Guyane en 1891 et interné au Maroni ; il décède aux Îles du Salut en 1892.

Les deux dossiers criminels permettent une réflexion sur la violence qui régnait dans la maison centrale, d’abord la violence de l’enfermement et de l’isolement… et celle des prisonniers. Ils permettent de comprendre comment l’institution punitive tentait de la canaliser, quand elle ne la générait pas elle-même, en devenant une machine à broyer les individus les plus rebelles.

 

Ressources

Les cahiers de l'Iroise, Hors-série "Dans les prisons de Brest et du Finistère, 17e-21e siècle", septembre 2019

Le sujet de la prison de Landerneau a déjà été abordé par Yannick Lageat dans un précédent article paru en 2016 dans le bulletin de la Société archéologique du Finistère

Le Hors-série des Cahiers de l’Iroise comme le Bulletin de la Société archéologique du Finistère sont disponibles en prêt à la Médiathèque Per-Jakez Helias.

Les plans de la Maison Centrale de Landerneau son accessibles sur ce portail