Il y a 110 ans ... DIOR à Landerneau

Ce premier week-end de juin, c’est la 23e édition des Rendez-vous aux jardins. Et qui dit jardin peut aussi dire… engrais. À Landerneau, de 1916 à 1965, l’usine Dior produisait des engrais chimiques pour l’agriculture. Cette année, cela fait 110 ans que l’usine est entrée en activité, en mai 1916. Située route de Brest, à l’emplacement de l’actuel Intermarché, cette usine appartenait à l’entreprise Dior, spécialisée dans la production d’engrais chimiques pour l’agriculture, fondée à Granville en 1832. Et si cette usine n’a rien à voir avec la grande couture, Maurice Dior, l’un des patrons de l’entreprise, n’est autre que le père du grand couturier Christian Dior.

 

Dès 1907, Maurice et Lucien Dior, les deux cousins qui dirigent l’entreprise familiale, cherchent à installer à Landerneau une usine de production d’acide sulfurique et nitrique. Ils obtiennent en 1908 l’autorisation préfectorale de construire cette usine mais il faut attendre mai 1916 et le besoin de produits chimiques pour la guerre pour que celle-ci entre en activité, employant entre 200 et 240 personnes.

Dès le projet de construction en 1907, le sujet divise. La municipalité soutient l’installation de l’usine, tout comme une pétition de plus de 200 commerçants qui y voient une opportunité économique. En revanche, les riverains de la zone choisie pour son implantation s’inquiètent lors de l’enquête publique. Les habitants disent craindre les fumées, les gaz et la pollution des cours d’eau les plus proches.

 

L’entreprise Dior promet de n’employer que les procédés les plus perfectionnés pour éviter les pollutions mais dès juillet 1916, quelques mois seulement après le début de la production dans l’usine, les riverains se plaignent auprès de la mairie :

 

« Dès le début, des fumées opaques d’un jaune rougeâtre sortirent de la face sud d’un des bâtiments pendant plusieurs jours. Le 30 mai [1916], le nommé Kernéis (…) constatait que son trèfle était brûlé (…) puis par la suite, il n’y eut plus lieu de fumée apparente mais des émanations provoquant la toux se faisaient sentir dans le voisinage. (…) de grandes quantités de vapeurs blanches sortent de l’usine et se répandant dans les environs, sur les champs, dans les maisons, elles provoquent la toux et la suffocation, gênent le travail ou le rendent impossible et brûlent les cultures. Les eaux sortant de l’usine ne sont même pas neutralisées puisque les poissons du ruisseau où elles s’écoulent sont déjà tous morts. »

 

Malgré les plaintes, les émanations continuent. En 1924, le docteur Prudent Gayet, médecin-chef retraité de la Marine, se fait le porte-parole de l’Association amicale des Industriels et Commerçants de Landerneau et dénonce « des vapeurs blanches, jaunes rutilantes » et demande au maire d’intervenir pour faire cesser les pollutions.

 

En 1937, à nouveau, l’usine est accusée de pollutions. En octobre 1937, le garde maritime découvre dans le port de Landerneau des centaines de poissons morts. Soupçonnée, l’usine Dior, première productrice d’engrais dans le Finistère se défend de toute pollution. Des rapports écartent l’hypothèse de l’accident, les installations étant en parfait état. L’hypothèse d’un déversement volontaire est la plus probable mais en 1939, le tribunal de Brest clôture l’affaire par un non-lieu. Cette affaire fait peu parler d'elle, à quelques mois de la Seconde Guerre mondiale à une époque où la conscience écologique est moins importante.

Après presque 50 ans d'existence, l'usine Dior ferme définitivement ses portes en 1965.

 

Iconographie

Collection Ville de Landerneau, 2002 4 1
Collection Ville de Landerneau, 2002 1 1

Sources :

- Catherine ABÉGUILÉ, Landerneau, une ville de Bretagne à l’ère industrielle, mémoire de maîtrise Histoire de l’art et archéologie, Université Rennes 2 Haute-Bretagne, 1991, 496 p.

- HistoRade, L’affaire Dior : https://historade.fr/laffaire-dior/

- Registres de délibérations du conseil municipal de Landerneau

- Registres d’enquête commodo et incommodo, 2 D 73